Publié par : ccfdallaos | 30 avril 2014

Carnet de bord : 28 avril 2014

Ce matin départ pour le village de Dông Xa Van, à 17 km de Louang Prabang. Notre guide lao en profite pour nous rappeler l’histoire du Laos. L’unité du Laos est récente. Le pays fut longtemps partagé entre trois petits royaumes au nord, au centre et au sud, sous la domination de son grand voisin de Thaïlande, alors Royaume de Siam. C’est seulement au début du 20ème siècle que le royaume du Laos s’est unifié, au temps du protectorat français, autour de la dynastie du nord, dont la capitale était Louang Prabang. Le changement de régime politique en 1975 à brutalement mis fin à la royauté au Laos.

Nous sommes accueillis par le chef du village M. Houm Phan, son adjoint, le responsable de la sécurité, celui de l’environnement, celui de l’organisation des jeunes, le conseiller du village, la responsable de l’organisation des femmes etc.

La majorité des villageois sont des Khamou, les autres sont des Hmongs. Le village compte 96 familles: 69 familles Khamou, 27 Hmongs, soit 575 habitants.

Après les salutations d’usage le chef du village se lance dans une présentation très détaillée de la situation de son village: description du cheptel, des superficies de cultures, de la répartition entre les éleveurs et les cultivateurs. Il nous présente enfin les bénéfices du projet de Chesh-Lao pour le village. Un des points majeurs concerne la captation de la source d’eau potable et sa distribution dans le village. Grâce au projet démarré en 2010, le captage situé à 6 km du village, alimente un réservoir principal, relié à deux réservoirs secondaires, et permet la desserte de 8 points d’eau à l’intérieur du village, qui eux mêmes alimentent chacun environ 10 familles. D’autres actions ont été menées comme la mise en place de 8 toilettes individuelles, la collecte des eaux usées et la phytoépuration (vous vous souvenez certainement du fameux cycle des bananes découvert à HEPA !).

Une fois la présentation terminée, nous poursuivons avec une déambulation rapide dans le village. Nous découvrons notamment l’école où nous apprenons que faute de moyens, l’accueil des enfants de maternelle n’est plus assuré.

Notre journée est loin d’être finie ! Retour dans la bus, et départ pour Long Lan, le village qui abrite le centre de formation pratique crée par HEPA au Laos, dans le cadre du projet Chesh-Lao. Après avoir quitté la route goudronnée, notre bus s’engage sur une piste en terre qui grimpe en lacet vers le village où nous sommes attendus. Une première découverte nous attend. De vastes étendues de forêts ont disparu pour laisser place à une terre pelée et jaune. Ne subsistent que quelques souches calcinées. Notre ami Chau, le responsable de SPERI, fait stopper le bus. Avec sa fougue habituelle, il tient à nous faire partager sa vision de la situation. Il nous explique alors que la forêt primaire est remplacée petit à petit par des plantations de tecks ou d’hévéas. Nous sommes les témoins impuissants de la déforestation et du développement d’une forme de monoculture aux effets néfastes pour l’agriculture familiale. En effet, les paysans qui se lancent dans la monoculture sont très rapidement victimes de la pression a la baisse exercée sur les prix par les investisseurs de la ville qui possèdent de plus grandes surfaces. Résultat, les petits paysans n’ont plus d’autres solutions que de s’endetter, puis à terme de vendre leurs plantations avant de finir salarié des grands propriétaires. Ce processus se double d’un phénomène d’accaparement des terres, puisque de grandes sociétés chinoises louent des terrains pour planter des tecks ou des hévéas.

Nous sommes un peu sonnés par les explications données par Chau. Nous avons le sentiment au fond que c’est la lutte du pot de terre contre le pot de fer ! Comment résister à ces mécanismes de domination qui prétendent apporter richesse et bien être aux paysans du Laos, mais qui en fait les dépouillent de leurs moyens d’existence ?!

Nous espérons que la rencontre avec les paysans de Long Lan, un des premiers villages à s’être engagé dans le projet Chesh-Lao, nous rassurera sur l’avenir de l’agriculture familiale.

Nous arrivons enfin à Long Lan. Au fond d’une vallée verdoyante, c’est une petite oasis qui s’offre à nous. Nous découvrons le centre de formation. Immédiatement nous y retrouvons la griffe de HEPA: de jolies constructions traditionnelles en bois et en bambou, des plantations en escalier, et bien sur en dessous de chaque point d’eau le fameux cycle des bananes qui permet la filtration des eaux usées.

IMG_0475Nos hôtes nous accordent une repos bien mérité de 30 minutes avant de rencontrer les responsables du village pour un échange sur les projets de développement engagées avec le soutien du partenaire du CCFD-Terre Solidaire.

Nous sommes dans un village composé exclusivement de familles Hmongs, un peuple de paysans montagnards, très attachés à leurs traditions. Le projet Chesh-Lao a été l’opportunité de sauvegarder ces traditions tout en améliorant les conditions de vie des habitants du village. Lors de l’échange avec les responsables du village, en présence des autorités locales, nous découvrons que Long Lan a servi de « laboratoire » à notre partenaire pour élaborer ses modèles d’agro-écologie. Nous comprenons également que le rôle des anciens du village a été primordial, tant pour la mise en place des règles de gestion et de protection de la forêt, que pour le développement d’une agriculture familiale de qualité.

Mais déjà nous devons mettre fin à l’échange car une nouvelle fête du Baci nous attend ! Les participants sont venus en masse de Dông Xa Van et Louang Prabang ! Nous sommes des invités de marque, mais nous découvrirons avec stupeur le lendemain que le Baci ne fait pas partie de croyances des paysans qui nous accueillent dans leur village…

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Après le repas, la fête continue avec un spectacle de danse offert par les enfants de l’école en costumes traditionnels. Nous les remercions chaleureusement, ainsi que leurs instituteurs, en leur remettant la tenture préparée par les enfants de l’école du village de Dominique ainsi que des photos des petits écoliers français.

 

 

 

 

Après une nouvelle journée riches en rencontres et en partages, nous partons nous reposer dans le dortoir collectif du centre de formation. La nuit sera agitée pour certains, un gros orage se déclenchant vers 23h00, provoquant des petites gouttières au dessus des dormeurs ! C’est ce qui s’appelle être immergé au propre comme au figuré ! Enfin rassurez vous, nous avons tous survécu, et il y avait même de la bonne humeur au réveil le lendemain matin… Mais ça c’est déjà une autre histoire.

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Responses

  1. Vous nous rapportez bien la différence entre un développement économique , capitaliste et un développement qui met l’homme au centre du projet. …
    On avait bien défini l’immersion comme une plongée : respirez-bien !

  2. Bravo pour vos idées


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